S'agit-il d'un agent " archi-redédoublé " ?

Publié le par David D. Duquerroigt

Il m'avait déjà fait attendre au moins 20 minutes.
De toutes façons, je n'aurais pas attendu plus, j'allais partir. J'avais chaud et le bruit des buveurs m'incommodait. Il n'y avait personne à draguer, je m'emmerdais.

Me demander illico mes documents, il ne me connaissait pas. Et moi non plus surtout. Il fallait avant tout être avisé, rusé et prudent.

Tout avait eu lieu par l'intermédiaire de la Communauté des Agents secrets francophone.
Nom bizarre dites-vous ?
C'est la communauté, ou l'obédience si vous préférez. Qui est francophone, évidemment.

J'avais dû passer trois coups de fil et même un fax, mais rien ne me garantissait pour autant que mon gus était le bon et tout à fait sécurisé.
Il avait plutôt l'air d'un faux jeton professionnel que d'un agent bien frappé.
Les voix de rombières que j'avais eu au bout du troisième appel  - apparemment deux femmes mûres qui s'étaient relayé - m'avaient prévenu :

       -   Il aura des rouflaquettes très frisées, poivre et sel.

Il avait  justement des roufflaquettes frisotées et grisonnantes qu'on avait envie d'arracher.

Dans notre milieu il y a beaucoup de fuites. Beaucoup d'agents redédoublés surtout.
Les agents doubles c'est fatal, ça vous trahit en toute simplicité. Dédoublés, c'est plus coriace, mieux déguisé, presque indécelable.
Les redédoublés, comme le nom l'indique,c'est bien pire encore.
Ils ne vous trahissent pas réellement pour l'ennemi, et donc  vous n'en savez jamais rien. Ils ne font que vous piéger.

Décidément, il avait bien une tête à me piéger avec son air  supérieur du type  qui pense et dit tout haut :                            "dépêchons-nous d'en terminer avec ce  blanc-bec".

Quand vous tombez dans le piège d'un redédoublé qui travaille pour votre propre bureau,
les conséquences au départ sont infinitésimales. On s'arrange pour vous enfariner, tout baigne, en apparence seulement. Mais . . .
Ça vient peu à peu, ça glisse, on vous le met en douceur, mais . . .re-mais . . .
 . . . alors ensuite vous n'avez que des missions de plus en plus pourries.
Alors on vous garde pour ces missions-là, spéciales et à la limite, c'est vrai, vous en apprenez plus dans ce genre de mission pourrie quasi impossible.

En revanche, on attend perfidement que vous tombiez, quand vous êtes vidé, épuisé.
C'est comme un jeu de plus en plus dur.
C'est grisant.
Mais ça finit toujours très très mal.

Quant aux agents archi-redédoubés, n'en parlons pas. Avec la crise il yen aura de plus en plus.
Ça coûte moins cher. On les fait venir d'autres pays francophones.

 Pour durer il faut éviter. Les doubles, doublés, re-dédoublés, archi-redédoublés. C'est à dire, presque tous.

Le document que j'avais réussi à photographier avec mon viseur incorporé à la casquette d'abord pliée dans mes rangers, sur les rives de l'Oyapock,
vous vous souvenez, était particulièrement monnayable.

Le tampon des îles de Glénan l'authentifiait comme une pièce à conviction.
Je sentais qu'il était disposé à toutes les bassesses pour m'arracher la photo de ce document exceptionnel signé de la main de notre Prince-élu Nicolas.

Mais la question était : s'agit-il d'un agent dédoublé ,  voire  re-dédoublé ou même archi ?
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Publié dans agents secrets

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