Vestiges,vertiges, ou les tests de recrutement des agents secrets francophones.

Publié le par David D. Duquerroigt

Hier, j'ai profité de mon jour de congé bi-hebdomadaire pour me rendre à Bruxelles, avenue Louise.
C'est là, non loin des agences de voyage, des compagnies aériennes et de la galerie  "Vestiges, Vertiges" , spécialisée en antiquités du monde entier et ponctuellement en échantillons d'art contemporain, qu'ils ont installé leur centre de recrutement provisoire après avoir brièvement occupé un bureau dans un casernement de blindés. L'affluence était telle, paraît-il qu'elle bloquait l'entrée des chars au retour de manoeuvre.
Là, il y avait encore beaucoup de monde.
A un moment, même, la queue des postulants arrivait jusque devant la galerie. C'est à ce moment que je suis arrivé et, ceux qui connaissent mon intérêt pour la peinture et l'archéologie ne s'étonneront pas d'apprendre que j'ai pu patienter sans m'impatienter en regardant ce que je pouvais voir au travers de la vitrine. Des objets d'Afrique centrale et des deux Congos, des photos de danseurs masqués en noir et blanc, des peintures contemporaines noir luisant, monochromes.
Rien qui attirat spécialement le regard des autres, mes rivaux.
Ils avaient, selon toute apparence et comme le précisait l'annonce, entre 23 et 26 ans.
Bien que certains fassent plus vieux.
Ils étaient tous de taille moyenne.
Un seul était très grand.
Brun, noir, échalas.
Bref, passons
aux tests.
Il fallait entrer dans une salle ouverte et assez grande où on s'introduisait un par un, après avoir attendu dans un long couloir assez peu éclairé et sans vue sur rien, derrière une ligne rouge. Dans le silence qui régnait on entendait, de temps à autre, quand un nouveau candidat pénétrait, des bruits de meuble qu'on déplace. Après avoir passé une porte entrebâillée, derrière un petit bureau, attendait immobile un civil chauve et rébarbatif assis dans l'angle opposé à la porte d'entrée. Il tenait un carnet et un stylo à pointe.
Il était légèrement voûté.
On ne voyait guère ses yeux derrière des lunettes teintées. Il ne disait rien, ne manifestait rien.
C'était manifestement le premier test.
Je pris la diagonale et m'approchais. Décidé, ferme, pas trop menaçant, pas trop décontracté.
Quand je fus près de lui, il n'avait toujours pas bougé.
Pas pipé mot.
Je pris les devants et énonçais mon état civil.
Alors seulement, il fit un geste de la main gauche, comme pour me dire de m'asseoir.
Comme il n'y avait pas de chaise, je regardais alentours mais j'avais déjà repéré en entrant un fauteuil pseudo Louis XVI, celui-là même qui fut guillotiné, tendu de velours rose, à sept ou huit mètres de là. J'allais le chercher, l'approchais, m'assis.
Il ouvrit un tiroir de son bureau et sortit une petite boîte d'allumettes.
Ail ! me dis-je, sans toutefois paniquer, c'est le jeu de Marienbad et il se trouve que je ne m'en souviens plus.

Mais alors, je ne sais pourquoi, je prends la boîte, je sors mes allumettes et . . .
En un éclair je fais ceci :

                                                 I
                                              I   I   I
                                          I   I   I   I   I
                                      I   I   I   I   I   I   I

Le type alors, du fond de derrière ses lunettes teintées me regarde et me dit :
  -   Nous n'allons pas jouer vous perdriez, savez-vous l'année du film ?

              



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Publié dans agents secrets

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