C'est alors qu'un coup de déprime m'a atteint la nuque.
Nous sortions du Bazaar où nous avions dansé, il y avait pas mal de monde encore dans la vielle ville, j'ai voulu l'embrasser et elle m'a dit :
- Tu crois que je n'ai pas compris ?
Je restai prudemment immobile et muet , fixant son front que je voyais se couvrir de vaguelettes et de ridules.
Elle fronça ses sourcils, comme deux digues posées en travers de la mer agitée de ses pensées.
Et dit :
- Tu crois que je ne comprends pas ce qui arrive ?
Je courbais légèrement la tête et bandais mes trapèzes pour affronter la tornade qui montait, mais ne dis mot.
- Tu me prends pour une conne. Tu me racontes que tu pars à l'autre bout du monde pour ton boulot, que tu vas avoir une promotion et en réalité, tu es là
avec une autre . . .
Silence.
- Je t'ai vu , reprend-t-elle avec une terrible assurance. Tu étais au Vendôme vendredi dans la file d'attente pour voir
Caos calmo avec Nanni moretti ( Ne regardez pas l'image qui n'a rien à voir). Tu étais avec une blonde.
Outre le fait que ma compagne, Adèle-Marie est brune et déteste les blondes;
Outre le fait que vendredi dernier j'étais à Quito, participant comme observateur au festival du roman francophone.
Outre le fait, surtout que je n'aurais jamais été voir un mélodrame, même avec Nanni Moretti, je n'aime et ne supporte en rien le mélo,
je me retrouvai interloqué et dans la panade ou dans la pâte à chou (eau, beurre, farine).
Ne pouvant pas lui montrer mon visa sur mon faux passeport, ce qui aurait coupé court,
j'étais, visuel comme je suis , assailli d'images qui me montraient moi-même dans une fille d'attente, accompagné d'une blonde inconnue.
C'était un film beaucoup plus mélodramatique qui se déroulait devant mes yeux, que celui que je n'avais pas vu et que je n'irais pas voir, même sous la menace, avec Nino Moretti, je veux dire
Nanni, je ne savais plus où j'en étais, et ça devait se voir.
Prit-elle cela pour un air coupable ?
Elle en a profité, au paroxysme de sa colère, pour me filer un sacré coup de son sac,
grand comme un cabas et chargé de toutes sortes de munitions lourdes, sur la nuque,
peut-être involontairement sur la nuque.
Ce n'est que plus tard que j'ai repris connaissance au Centre Médical des Nations , Avenue Franklin Roosvelt , où j'étais allongé parce qu'il se trouve que nous en étions proche au moment où je me
suis effondré.
Au réveil, j'étais tout à fait déprimé. Plus que déprimé, désespéré.
Je vous l'avais dit, vous aller pleurer.